Avis [Coup de coeur] : Promenades en bord de mer et étonnements heureux, Olivier de Kersauson

9782749140858Titre : Promenades en bord de mer et étonnements heureux
Auteur : Olivier de Kersauson
Genre : Autobiographie
Éditeur : Cherche Midi
Nombre de pages : 214
Date de parution : 2016

Ce livre est un récit d’un genre neuf, celui du style de vie d’un marin considérable doublé d’un poète. « Quand je regarde la mer, je me promène dans le temps du monde. » Vous l’ouvrirez à n’importe quelle page, il n’y a pas d’ordre dans les plaisirs, pas de classement dans les enchantements. C’est de ceux-là dont Olivier de Kersauson nous entretient. Voici donc le catalogue original d’un esthète singulier amoureux de la mer.  » Il y a des artistes qui peignent des tableaux. Moi, je peins le sillage blanc sur le bleu des mers « .

 


Citations


Voir les passages en italique dans la chronique


Avis


Ce nouveau livre d’Olivier de Kersauson est une ode à la Mer, cette mer qui l’emmène de Brest à Papeete. On se prend les tempêtes dans la figure, on respire les algues humides découvertes par le flux et le reflux des vagues, on est en immersion dans les lieux que ce grand marin nous décrit.

C’est une ode à la Nature dans tout son ensemble : du vent frais de Bretagne au pingouin joueur de Patagonie, de la vague turquoise aux singes crieurs d’Amérique Centrale. Cette Nature qui se fiche des Hommes, de leurs petites tracasseries et de leurs grandes guerres. Elle continue de s’imposer en maître dans ce monde où nous nous croyons les rois du monde. Elle chérit, construit, mais aussi détruit tout sur son passage.

Les vents sont chéris : « Pendant plus de deux mille ans, c’est vous qui emmeniez les bateaux. Pas un voyage sur la mer sans vous, pas de Christophe Colomb, pas d’Amérique, pas d’Australie, pas de Polynésie. Jusqu’à il y a cent ans, pas un grain de café ni une lettre d’amour qui ne soit arrivé sans votre aide. », la lune aussi : « (La pleine lune), Quand on est sur les océans, elle donne une coloration particulière, les quarts de nuit ont une autre dimension, la lune fait briller le sommet des vagues, c’est parfois tendre, mais en même temps un peu métallique, avec plein de reflets. »

Ce récit est également une vénération de l’aube et des petits matins. Le Soleil semble être la seule chose qui perdure dans ce monde où tout change, tout se bouscule, tout évolue. «  Je pense que le lever du soleil quotidien est une sanctification de notre chance de vivre », « A l’aube, il y a les grands élans d’enthousiasme de la journée qui commence. »

La lumière est longuement célébrée dans ce livre : « En été par exemple, quand il fait beau et que ça chauffe, à midi et quart, la lumière est d’une incroyable texture. Une heure plus tard, après le déjeuner, elle a changé, la voici saturée, gavée, presque lasse. Sa magie a disparu. Ce qui était chaud vibrant est devenu chaud accablant. Etre capable de remarquer cela, de s’y intéresser, fait tout le bonheur de nos vies. Et le matin, vers 8 heures, à la même saison, quand le premier soleil vient embrasser la rosée sur les pétales de pois de senteur. C’est furtif car la grande chaleur va venir bouffer tout ça, donc il faut avoir conscience de ces moments fragiles. La journée entière se construit et se détruit par la lumière. Je suis photosensible. Je suis spectateurs de tous ces moments fragiles. Ils m’enchantent. »

Le marin quant à lui est un modèle de détachement et d’hédonisme. Le bonheur se trouve dans l’éphémère, dans l’instant. Un rayon de soleil parfait entre les feuilles. Cet instant fugace, qui ne dure que quelques secondes, mais qui n’a existé que pour nous. C’est un poète qui sait manier les mots avec justesse pour nous transporter dans son décor et ses émotions. L’homme est pourtant né bien loin du rivage, au plein cœur de la Sarthe. Partagé entre la sauvagerie des tempêtes finistériennes et le parfum des fleurs de tiaré de Tahiti, il nous raconte sa propre vision du monde et de la vie.

Pas de nostalgie, pas de regrets ou de remords, ils n’ont de place dans son esprit. « Si la nostalgie existe, c’est parce qu’il y a eu des moments de gloire. Or ces moments doivent rester lumineux. On ne doit pas s’en servir pour fabriquer du regret. La nostalgie, c’est quand le moment se teinte de brume. Je refuse la brume. » On ne vit que pour et par le présent. Tout comme la mer, le ciel, le vent et les nuages qui évoluent sans cesse, la vie ne peut se vivre que dans le moment présent.

On apprend également beaucoup de choses sur notre belle planète, son histoire, son géographie, son éco-sytème. Ainsi, on découvre que la construction du canal de Panama a entraîné la mort de 20 000 ouvriers dont les corps conservés dans le vinaigre étaient revendus aux académies de médecine pour faire progresser la science. On y apprend également qu’il n’y a que quelques décennies en arrière, on naviguait encore avec des cartes mentionnant des terra incognita, c’est-à-dire des territoires encore inexplorés par l’Homme. On se surprend à lire les falaises de Douvres sont d’origine corallienne.

Projeté dans l’univers brut et vrai des marins et des amoureux de la mer, on referme ce livre avec l’envie de sillonner tous les océans du monde, de s’arrêter dans chaque port, de Shanghai à Buenos Aires tout en étant convaincu que : « C’est pas l’Homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’Homme. »

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